Si je suis en mesure de présenter cet écrit avec une telle précision au sujet de l’existence de Claude Courbis, c’est grâce au travail remarquable des bénévoles de l’association « Études Généalogiques Drôme » qui, depuis 1977, entreprennent l’indexation systématique des actes et des registres notariés. https://www.geneadrome.org/
Claude Courbis nait le 21 février 1696 à Clérieux[1] ; il est fils de Pierre, maitre charpentier et de Marie Bressot mariés le 27 octobre 1692 dans la paroisse (leur contrat de mariage 2 E 7657 du 11/10/1692).
Clérieux dans le Dauphiné, près de la ville de Romans sur Isère (carte Cassini) [2] :

Le baptême de Claude a lieu dans l’église Sainte-Catherine, située dans le village, pas trop loin de l’habitation familiale (indiquée sur le contrat de mariage de Pierre, frère de Claude, né le 16 août 1693).
L’orientation de l’église Sainte-Catherine à cette époque [3]:

Le nom ‘Courbis’ est implanté dans le département de la Drôme et un peu dans celui de l’Ardèche.[4]
Agé de 16 ans, notre personnage, indisposé, fait établir un second* testament le 23 décembre 1712 [5] à Clérieux, au profit de son frère Pierre, sa mère décédée avant ou pendant l’année 1710 et son père en 1712 :

Néanmoins sein de ses sens en bonne mémoire :

Son corps soit au cimetière de Clérieux :

De son peu de biens il ne peut faire aucun legs à l’église ni aux pauvres :

*pas de trace du premier testament énoncé rédigé 4 à 5 jours avant chez le notaire Boffard
Trois années passent. Le 23 mars 1715 Claude retourne chez un notaire de Romans sur Isère, pour de nouveau tester [6]: il est dit habitant Clérieux, exerçant le métier de charpentier (comme son père),
Il nomme son frère Pierre, mais celui qui héritera sera Vincent Avignon, marchand installé à Clérieux.
Claude en fait son héritier universel pour services rendus.
Dans l’acte :

‘Etant sur le point de partir pour s’en aller à l’armée au service du Roy* dans la compagnie de monsieur d’Amboise, capitaine au régiment de Toulouze’.
Je constate qu’il n’est plus question pour lui de vouloir se faire enterrer dans sa paroisse de naissance.
La majorité est à 25 ans : il part à l’âge de 19 ans : a-t-il demandé l’autorisation à un conseil de famille ?
*Louis XIV décèdera en septembre 1715
« Le régiment de Toulouse est bien un régiment d’infanterie de l’armée française sous l’Ancien Régime, crée en 1684 pour Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse (fils légitimé de Louis XIV) et conservant ce nom jusqu’en 1737, date à laquelle il est rebaptisé régiment de Penthièvre ».[7]
A cette période c’est la guerre de la Quadruple-Alliance (1718-1720) : la France contre la Grande-Bretagne, Provinces-Unies et Autriche, contre l’Espagne de Philippe V.[8]
Je n’ai pas accès à la fiche militaire de Claude : le registre 1 Yc 984 (régiment de Toulouse) n’est pas en ligne sur le site ‘Mémoire des hommes’ [9] et cela est trop fastidieux, sans table alphabétique, de tourner x pages d’un registre pour retrouver l’élément :

Son uniforme : habit, culotte blancs ; veste, collet, parements bleu de roi, boutons, galon blancs.[10]
Son engagement militaire est d’un minimum de six années. Que s’est-il passé dans son parcours de vie pour que je le trouve à Québec [11] :

Les différents groupes d’immigrants au Québec [12] :

Carte du Canada avec la province du Québec et la ville Québec [13] :

Une des explications de l’origine du mot ‘Québec’ : Kébec étant un mot algonquin signifiant ‘ là où le fleuve se rétrécit ‘.
Je passe le récit de la présence de Jacques Cartier.
Pour la période qui m’intéresse : « La colonisation de la Nouvelle-France commence en 1608 avec la fondation de Québec par Samuel de Champlain. À partir de 1663, le roi Louis XIV transforme la Nouvelle-France en colonie royale, ce qui attire de nombreux colons, notamment les « filles du Roy ». Cette expansion se heurte aux guerres contre l’Angleterre et aux tensions avec les Iroquoises et Iroquois.
En 1763, avec le Traité de Paris, la Nouvelle-France devient une colonie britannique. Ce changement est officialisé par la Proclamation royale, et le Québec prend son nom actuel. L’Acte de Québec de 1774 permet aux Canadiennes françaises et aux Canadiens français de conserver leurs droits civils et religieux ».[14]
En 1763 fin de la guerre de Sept Ans. Au traité de Paris, la France cède le Canada à la Grande-Bretagne, qui reçoit aussi la Floride de l’Espagne. (Source : le petit Larousse, l’histoire du monde en 8000 dates).
« Finalement, après une soixantaine de jours en mer et avoir surmonté maladies, tempêtes, pirates et corsaires, remonté le fleuve Saint-Laurent, où les occasions de faire naufrage étaient nombreuses, on atteignait le port de Québec. Le voyageur pouvait enfin mettre le pied en terre canadienne ».[15]
Vue de la ville de Québec (sd) [16] :

Claude Courbis épouse le 28 octobre 1726 à Québec (paroisse Notre-Dame) Marguerite Senelle[17] qui décèdera en 1758 à Québec [18] :

Dans cet acte pas de ligne informant ‘autorisation d’un supérieur militaire’ cela signifie que Claude a le statut d’un civil. Nous verrons plus loin dans mon écrit la conséquence de La dispense de bans.
Autre source qui rapporte l’union [19]:

Le relevé du décès de Marguerite (https://www.myheritage.fr/) :

Le relevé du mariage ici daté de l’année 1714, de Marguerite avec Prisque Dubois (https://www.myheritage.fr/) :

Le couple donnera naissance à Marie, le 25 mai 1715 à Ste Famille, ile d’Orléans, Québec (source Familysearch).
« On estime à environ 5300 le nombre de travailleurs et d’engagés qui sont venus au Canada entre 1608 et 1760. Parmi ceux-ci, seulement 10 % avaient quelque qualification professionnelle et déjà de l’expérience d’un métier, ce qui signifie que le nombre d’artisans issus de l’immigration fut relativement faible pour l’ensemble de la période française ».[20]
« Un soldat peut s’embarquer, comme militaire ou comme engagé, après avoir fait la navette entre des villes casernes pendant six ou sept ans »[21].
L’émigration de Claude Courbis, charpentier à l’intérieur des terres dauphinoises, vers le Québec, peut s’expliquer ainsi : déjà au XVIIe siècle « Très recherchés dans un pays où tout restait à construire, les maçons, les tailleurs de pierre, les menuisiers et les charpentiers formaient le plus grand contingent d’artisans de la colonie ».[22]
« 39 % des immigrants venaient du nord-ouest, 19 % du centre-ouest et 11 % du sud-ouest ».[23] *
* de la France
« Il y eut essentiellement des esclaves d’origine autochtone (les Pawnees), utilisés comme guides et hommes à tout faire pendant la colonie, mais aussi environ 1400 esclaves d’origine africaine entre le début du XVIIIe et celui du XIXe siècle ». Claude les a-t-il côtoyés ?
Pendant son séjour il n’a pas dû être épargné des morsures de la mouche noire :
« Insecte de la famille des simuliides, est particulièrement active dans les bois au début de l’été, attirée par les parfums et les vêtements foncés, mais d’une manière générale par tout ce qui produit du gaz carbonique et a du sang dans les veines… c’est généralement la démangeaison qui signale que l’on a été piqué par une mouche noire femelle qui est en réalité beaucoup plus petite qu’une mouche inoffensive. On peut parler de morsure plutôt que piqûres ».[24]
Huit ans de présence en tant que soldat (en France ?) puis trois ans en tant qu’engagé – son arrivée en Nouvelle-France en 1725/1726 – : « Ces hommes étaient des ouvriers agricoles, des domestiques, des ouvriers qualifiés ou des assistants personnels. Ils signaient des contrats d’engagement pour une période de trois ans afin de travailler en Nouvelle-France comme engagés ». [25]
J’émets l’hypothèse qu’il rentre en France pendant la saison du printemps de l’année 1729 ou 1730 (pendant l’hiver les glaces envahissement le fleuve Saint-Laurent). Dans ce sens le voyage dure un mois [26] :

Son voyage s’effectue peut-être en flute, grand voilier de commerce à trois mâts, très répandu dans la marine française pour le transport de cargaisons et de passagers entre la France et ses colonies nord-américaines.
Cependant il existe d’autres navires marchands à voile type ‘navire de charge’ : galiote, vaisseau marchand armé, parfois frégate marchande.
En 1776 existe une liste nominative des passagers débarqués au port de Calais[27] ; pourquoi ne pas avoir débarqué dans celui-ci ?
Claude se pose à Calais où il s’y marie [28] :
Pour la deuxième fois le 25 juin 1730 (sans aucune information de ce qu’il en est advenu de son premier mariage au Québec) avec Marie Anne Langlois.
« Quand le mariage est célébré loin de la paroisse d’origine, on utilise des lettres dimissoriales ou certificats par lesquels le curé d’origine autorise un autre prêtre à marier son paroissien et confirme son statut (célibataire, non veuf, etc.) ».
Cette autorisation est aussi souvent appelée congé ou lettre de recedo[29].
La première union, dispensée des trois bans, n’a pas fait l’objet de lettres dimissoriales et donc n’a pas été enregistrée auprès le curé de Clérieux.

Veuf d’Anne Marie Langlois, il contracte une autre union le 27 juillet 1733 à Calais avec Marie Jeanne Vanrode :

Encore veuf, il reprend une épouse, pour la quatrième fois, le 17 janvier 1739, Marie Anne Antoinette GUILLAUME, à Calais :

De toutes ses unions il aura donné naissance à sept enfants, pas tous arrivés à l’âge adulte.
Je relève sur le dernier acte de mariage qu’il exerce le métier de journalier : qu’est-ce qu’il l’a poussé à changer de profession ? il est charpentier ; peut-être son métier d’engagé à Québec.
Claude décède avant le 12 octobre 1784, indiqué sur l’acte de mariage de son fils Claude Antoine.[30]
Que devient Pierre, son frère, portant le même prénom que leur père.
Il épouse Louise Chabert, à Clérieux. Son contrat de mariage [31] date du 31 décembre 1710 où il est dit ‘travailleur’.
Sa mère énoncée décédée avant ou pendant l’année 1710, seul son père émet une exigence dans le contrat de mariage de son fils :

« Ledit Claude Courbis tombant malade veut qu’il soit nourri par lesdits époux jusqu’à acquit soit remis »
Veuf, Pierre se remarie le 14 septembre 1739 avec Marie Pailharet (Palharey).[32]
De sa première union nait Jean, le 12 novembre 1715 à Clérieux : ce dernier épouse le 28 janvier 1738 à Chantemerle les Blés Marguerite Blanc (cm 2 E 3686 folio 15 à Clérieux) qui lui donnera une fille, Marguerite, née en 1742, décédée en 1753 à Erôme.
De sa deuxième union nait Marie, (pas l’acte de naissance dans les paroissiaux) décédée le 22 mars 1744 à Clérieux à l’âge de 3 ans soit l’année 1744 moins 3 ans cela amène à l’année de naissance 1741,
En conclusion : suite à une information parue dans la revue française de généalogie sur les migrations au Québec j’ai cherché et trouvé le nom d’un paroissien originaire du village de mes ancêtres.
Cela m’a amené à mettre en œuvre des recherches sur cet homme -qui n’appartient pas à ma lignée- et de poser par écrit les découvertes que j’ai faites.
Complément : les parents de Marguerite Senelle (https://www.myheritage.fr/) :

Plus :
(Source dans Généanet, identifiant ‘arbre des neiges’ au nom de Marie-Thérèse Lemoine et Bernard Plé) :
« Jean SENELÉ a sans doute été recruté comme serviteur par la Compagnie des Indes occidentales, puis acheté par Pierre Boucher de Grosbois, gouverneur de Trois-Rivières. En 1672, il est serviteur chez Pierre Gadois, armurier. Celui-ci cède ensuite ses services à titre de compagnon à Martin Hurtubise.
Par ce contrat : (…) a reconnu et confessé, s’estre engagé, audit Heurtubise pour ce présent et acceptans de luy rendre tous et chacuns ses services en tout lieu dont il sera trouvé et jugé capable pendant le temps de trois années finis et accomplis qui ont commencé, des le vingt septième février dernier passé, et promet pendant ledit temps servir fidèlement ledit Heurtubise en tout ce qui luy sera commandé (…)
Il signe ses contrats: Cenele –
(Source: Jean Senellé (Senelé) serviteur de la famille Hurtubise et Vinet-Larente – Histoire et généalogie des Vinet dit Larente) ».
Pour lire sur l’histoire de Clérieu :
[1] Vue 422, AD26
[2] https://www.geoportail.gouv.fr/carte
[3] 3 P 2247/7, AD26
[4] https://www.geneanet.org/nom-de-famille/COURBIS
[5] Vue 8, 2 E 9226 folio 7, AD26
[6] 2 E 4325, AD26
[7] Wikipédia
[8] https://en.wikipedia.org/wiki/Triple_Alliance_%281717%29
[9] Vue 541, PDF Gallica, le contrôle des troupes de l’Ancien Régime, tome 2, André Corvisier
[10] Vue 175, tome VII, PDF Université d’Ottawa, les guerres sous Louis XV, par le comte Pajol, année 1891
[11] https://archiv-histo.com/pionniers.php
[12] Vue 38/70, PDF V48- N338, l’Ancêtre, revue de la société de généalogie de Québec
[13] https://fr.wikipedia.org/wiki/Provinces_et_territoires_du_Canada#/media/Fichier:Carte_Politique_du_Canada.svg
[14] https://francophoniedesameriques.com/francophonie-ameriques/amerique-nord/canada/quebec
[15] https://cfqlmc.org/la-traversee-de-latlantique-aux-xviie-et-xviiie-siecles
[16] Vue 12, https://nouvellefrancenumerique.info/wp-content/uploads/2022/12/Renald_lessard.pdf
[17] https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3QS7-8993
[18] https://www.genealogiequebec.com/fr/ Veuve de Briche (Prisque) Dubois, mariés en 1715
[19] Vue 163, tome 6, année 1935, bulletin de l’académie delphinale
[20] https://fr.wikipedia.org/wiki/Artisans_dans_la_soci%C3%A9t%C3%A9_canadienne_sous_le_r%C3%A9gime_fran%C3%A7ais
[21] https://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/population/immigration
[22] https://www.historymuseum.ca/virtual-museum-of-new-france/population/social-groups
[23] https://www.historymuseum.ca/virtual-museum-of-new-france/population/immigration/
[24] Page 53, page 100, dictionnaire insolite du Québec, Véronique Couzinou, édition Cosmopole Eds
[25] https://www.canada.ca/en/library-archives/collection/research-help/genealogy-family-history/immigration/passenger-french-regime.html
[26] https://histoire.recitus.qc.ca/periode/explorer/1608-1760/page/la-vie-quotidienne-et-l-adaptation-des-colons
[27] Vue 242, PDF, https://data2.archives.ca/pdf/pdf002/p000003958.pdf
[28] Arbre de Jonathan Hennart : https://gw.geneanet.org/jhennart1?n=courby&oc=&p=claude&type=fiche
[29] https://www.geneanet.org/forum
[30] Vue 370, Balinghem, AD62
[31] 2 E 9224 folio 70, AD26
[32] Cm 2 E 9238 folio 108 du 08/08/1739, AD26
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