Défendre la patrie : Volontaires

Dans le département de la Drôme :

Pour protéger les frontières de la France pendant la Révolution française contre une coalition de la noblesse-conformément à l’article 14 de la loi du 15 juin 1791-, un registre est ouvert dans chaque district ; s’y inscrivent les Volontaires nationaux dont certains sont d’anciens Gardes nationaux.

« La Constituante qui prévoyait le pire -avec juste raison d’ailleurs- et qui constatait que la dissolution de son armée de métier s’accentuait, multiplia ses efforts pour compenser l’insuffisance des troupes de ligne et combler les vides, d’autant plus qu’elle avait aboli, en mars 1791, les milices provinciales/ l’Assemblée décréta ‘de faire dans chaque département une conscription libre de Gardes nationaux de bonne volonté, dans la proportion de un sur vingt qui devaient être payés par l’Etat, une fois employés au service de la patrie : ce furent là les premiers volontaires nationaux’ ».[1]


[1] Page 52, la patrie en danger par Michel Garcin, édition Nigel Cauvin

La Garde nationale « force de maintien de l’ordre, placée à l’origine sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, avait était organisée par le décret du 12 juin 1790 : elle ne devait pas être engagée dans une guerre extérieure. Les menaces de l’Autriche et de la Prusse, contraignirent donc l’Assemblée à demander à un garde national sur vingt de contracter un engagement d’une année dans des régiments dont les officiers et les sous-officiers étaient élus par la troupe ».[1]

Officiers élus qui ne jouissaient d’aucune considération de la part de leurs subordonnés écrit Bernard Gainot dans son livre ‘les ministres de la guerre 1792/1871’.

Les levées débutent en l’année 1791 pour finir en l’année 1793.

Au 28/01/1791 Alexandre de Lameth propose de porter au complet 30 régiments d’infanterie de ligne avec la création de 100 000 soldats auxiliaires destinés à être répartis dans les régiments (source Wikipédia).

La Drôme fait partie des départements admis à fournir un contingent en 1791 ; d’autres départements fourniront un contingent l’année suivante. Le zèle des sociétés populaires à promouvoir, encourager et soutenir la levée est indéniable « On constate bien des similitudes entre la densité de ces sociétés et les contingents nombreux et vite levés ». C’est le cas de la Drôme, écrit J.P Bertaud dans son ouvrage.[2]

« Dans l’armée de ligne, en effet, l’engagement était à long terme, la discipline sévère, l’espoir d’avancement quasi nul, la sole journalière plus faible. Dans les bataillons de volontaires, au contraire, la solde y était plus élevée (15 sous par jour) ; l’engagement ne valait que pour une campagne ; la discipline, la même que pour la Garde nationale, était fort douce ; enfin tout volontaire pouvait fort bien se persuader qu’il avait dans sa giberne le bâton de maréchal, espérant que le choix de ses camarades l’élèverait aux honneurs et aux grades ».[3]

« Pour compliquer le tout, il y eut aussi des volontaires ou des unités entières qui firent un va-et-vient entre différentes formations : entre l’armée de Ligne et la garde de la représentation nationale, par exemple ».[4]

Comment faire la différence entre la Garde nationale et les Volontaires nationaux dans l’affectation des hommes ? Telle est la difficulté que je rencontre pour cette période allant de 1789 à 1793.

Les hommes sont enrôlés là où se trouve leur lieu d’habitation. Les municipalités ont la charge d’organiser le rassemblement des Volontaires. Ces Volontaires devaient être formés en bataillons de neuf compagnies, et l’effectif du bataillon, état-major compris, était de 574 hommes, note Charles Bellet.[5]

Un habit aux couleurs nationales : bleu, blanc, parements rouges [6]:

Le 04 septembre 1791 : « Ensuite de la décision du Directoire du Département, et de la demande de la majeure partie des Municipalités du District de Romans, de leur faire connaitre le nombre des VOLONTAIRES qu’elles doivent faire marcher au secours de l’Etat, nous vous envoyons la répartition des 497 Gardes nationaux que chaque Municipalité doit fournir, eu égard à sa population. Ayez attention, Messieurs, de rassembler le nombre suffisant de VOLONTAIRES, de leur dire qu’il leur sera donné un armement des magasins de l’Etat, y compris les fusils qui ont été distribués ; de les prévenir des effets demandés si cela est possible, et de se tenir prêts à se rendre à Romans, au premier avis qui leur sera donné incessamment, quoique leur habillement ne soit pas complet, pour y former les Compagnies et Bataillons, de conformité à la Loi du 21 juin dernier ».

A Clérieux, le village principal de mes aïeuls, où la population est de 1515 habitants, il est demandé quinze volontaires. Par comparaison à Romans pour 6130 habitants il faut soixante et un volontaires.[7]

Joseph Ochier, né le 20/04/1772 à Chanos-Curson, décédé à son domicile le 24 prairial an 5 (12/06/1797, vue 105,) volontaire, est incorporé dans le deuxième bataillon, 8ème compagnie [8]:

Le nombre d’hommes dans ce deuxième bataillon s’élève à 571 volontaires, qui seront dirigés fin 1791 à Cavaillon « Où s’opposaient avec une grande violence verbale le parti des papistes ou aristocrates et celui des patriotes ou partisans de la réunion du Comtat à la France ».[9]

Au 10/08/1792 un nouveau procès-verbal conformément à l’article premier du décret du 04/08/1791 est établi pour la formation de Volontaires, ici en trois compagnies (L 342, AD26).

Les Volontaires choisissent dans quelle arme ils veulent servir selon leur taille. Que ceux qui opteront pour l’armée du Nord se rendront à Valenciennes, ceux pour l’armée du Rhin, à Strasbourg ; ceux pour l’armée du Midi, à Nîmes ou à Saint-Esprit.[10]

Le procès-verbal de nomination des officiers, sous-officiers du deuxième bataillon du département de la Drôme, en date du 20/10/1792 explique que :

« Premièrement nous avons divisé lesdits Volontaires en huit compagnies de soixante-onze hommes dont il a été extrait de chacune d’icelle huit hommes de la plus haute taille, à l’indication de leurs camarades, pour composer celle des grenadiers » (L 342, AD26).

« Les grenadiers sont la plupart pères de famille et agriculteurs que s’ils étaient dans le cas de marcher au nombre de quarante les terres du dit canton seraient sans culture et sans être ensemencées, avons officiers municipaux ayant égard aux pré présentations avons réduits (le nombre ?)  les grenadiers à fournir pour notre canton au total de vingt ».

Le choix des vingt hommes se fait par tirage au sort effectué le 15/08/1792 : Jean-Pierre Brondon, né en 1763 à Clérieux, sur la liste des grenadiers du canton de Clérieux, doit partir dans l’année.[11]

« En 1791, l’élection des cadres s’était opérée sous le contrôle de la bourgeoisie locale et avait abouti à la nomination aux grades supérieurs de notables, fils de la moyenne bourgeoise ou de la noblesse, ayant pour la plupart une certaine expérience du métier des armes. En 1792, l’élection se fit dans le cadre d’autorités locales renouvelées par l’irruption, en septembre notamment, de militants patriotes issus de couches sociales moins favorisées ».[12]

Toujours sur le même procès-verbal du 20/10/1792 le résultat du vote du deuxième bataillon, désigne Chirol, capitaine.[13]

Je retrouve sa fiche militaire[14] sur laquelle il est noté qu’il appartient à la 4ème compagnie, qu’il a été fait capitaine le 12/10/1791 :

Charles doit être son second prénom parce qu’il n’apparaît pas dans les prénoms des naissances du couple Clément Chirol, de profession ‘bourgeois’, marié à Marie Chaptal (234 J AD26).

31/10/1792 : nouvelle levée d’un nouveau bataillon de Volontaires pour « achever de repousser la ligue des tirans » selon le courrier parti de Crest pour la municipalité de Montclar sur Gervanne :

« Je vous observe qu’on ne peut recevoir dans ce corps que des citoyens d’un civisme connue depuis l’âge de 16 jusqu’à 50 ans, et dont la constitution robuste soit analogue aux fatigues de la guerre et ayant 5 pieds au moins pieds nus ainsi que me le prescrit l’administration du département. Signé le procureur syndic du district de Crest : Barnave ».[15] Michel Barnave lointain cousin du célèbre Antoine Barnave.

« Plusieurs de nos braves volontaires combattans sur les frontières, manquent de souliers, cotisons-nous pour leur en procurer : quel est celui d’entre nous qui ne rougiroit pas d’en avoir deux paires, quand son frère, son défenseur, celui de la liberté est dans un dénuement absolu ? que chacun donne selon ses facultés, non de l’argent, mais des souliers en nature ».[16] (année 1793)

Dans la lettre à la Convention du 29 avril 1793 : « Nos volontaires sont toujours nus. Il faut convenir que c’est un gouffre : à peine un soldat a-t-il des souliers qu’il va les vendre ; il en est qui vendent jusqu’à leurs habits, leurs fusils ».[17]

Mal vêtus et mal nourris par suite de vols de fournisseurs protégés par le général Dumouriez, beaucoup de volontaires, usant d’un droit reconnu par la loi, rentrèrent chez eux après la campagne de 1792.

Le 23/08/1793 la Convention décrète une levée en masse ; A la fin du mois d’octobre 1793, celle-ci, dans mon département, est terminée. Il s’agit de réquisitions et non plus de volontariats.

Huit nouveaux bataillons viennent s’ajouter aux quatre bataillons du mois d’octobre 1791 et aux cinq de l’année 1792.

« Outre les soldats de métier et les volontaires n’étaient sous les drapeaux que les ‘réquisitionnaires’ d’alors c’est-à-dire ceux qui avaient plus de 18 ans et moins de 25 ans le 23 août 1793. Ceux qui avaient eu 18 ans après cette date n’avaient pas été enrôlés mais ceux qui étaient enrôlés, sauf modification de la loi, ne devaient être libérés qu’à la paix… qui paraissait bien lointaine ».[18]

Ceux de l’année 1791 sont composés de bourgeois et de citoyens ‘actifs’, ceux de 1792 d’artisans et paysans, ceux de 1793 d’ouvriers, domestiques et travailleurs de la terre.

A l’appui des recherches que je viens d’effectuer je peux connaitre les raisons pour lesquelles mes ancêtres n’ont pas été retenus : leur niveau social et l’intervalle de l’âge pour l’année 1793.


[1] Page 15, la grande armée par Jacques Demougin, édition trésor du patrimoine

[2] Vue 6, PDF enquête sur les Volontaires de 1792, Annales historiques de la Révolution française, n° 272, par J.P. Bertaud, chez Persée

[3] Page 64, la patrie en danger par Michel Garcin, édition Nigel Cauvin

[4] Vue 4, PDF enquête sur les Volontaires de 1792, Annales historiques de la Révolution française, n° 272, par J.P. Bertaud, chez Persée

[5] Page 268, histoire de Tain pendant la Révolution par Charles Bellet, tome 51, année 1922, Société d’archéologie et de statistique de la Drôme, AD26

[6] Vue 61, PDF Gallica, histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1833, tome 1, par Abel Hugo 

[7] L 867, AD26

[8] Vue 51, Mémoire des hommes, GR 16 Yc 129 

[9] Page 70, la patrie en danger par Michel Garcin, édition Nigel Cauvin

[10] Bureau de l’inspection des troupes, 20 mars 1792, L 343, AD26

[11] L 868, AD26

[12] Vue 10, PDF enquête sur les Volontaires de 1792, Annales historiques de la Révolution française, n° 272, par J.P. Bertaud, chez Persée

[13] Procès-verbal, L 342, AD26

[14] Mémoire des hommes, GR 16 Yc 129, vue 27, période 12/10/1791 au 20/09/1793

[15] Edépôt 3 E 152, AD26

[16] L 379, AD26

[17] Page 141, la patrie en danger par Michel Garcin, édition Nigel Cauvin

[18] Document numéro 25, fiche b pochette pédagogique, la Révolution, AD26

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