Dans le département de la Drôme :
Dans mon écrit précédent sur les Volontaires pour défendre la patrie je cite les armées constituées et leurs affections.
L’armée du Midi, composée de l’armée des Alpes et de l’armée des Pyrénées, est en lien avec mon département, la Drôme et son deuxième bataillon :
« Les volontaires nationaux de la Drôme, notamment ceux de 1791 (bataillons numéro 1,2,3,4), incorporés dans l’armée du Midi, n’avaient aucune raison d’être à Sainte-Menehould, aux Islettes ou à Valmy. Ils ne pouvaient être, d’autant plus en présence des Prussiens, puisqu’on venait de les diriger vers la Suisse ».[1]
Montesquiou Fezensac, général en chef de l’armée du Midi, comprend le premier l’importance pour la France, sur le plan politique et militaire, de conquérir le duché de Savoie et le comté de Nice ;
« L’armée du Midi, disséminée sur la ligne des Alpes, depuis Genève jusqu’à Antibes, ne comptait qu’un petit nombre de soldats mal équipés et mal exercés, pour la plupart gardes nationaux. On tira de l’armée des Pyrénées un renfort de troupes de ligne. Le Languedoc et la Guienne fournirent des bataillons de volontaires ; le 04 septembre le général en chef reçut l’ordre d’invasion »[2] (année 1792).
Fin septembre 1792 les armées françaises occupent Nice et la Savoie (annexion au 27/11/1792) :
En conséquence des lois du 21 juin, 22 juillet et 04 août 1791 le quatrième bataillon de la Drôme, formé le 14/10/1791, originaire de Crest, est en garnison à Nice à la date du 17/11/1792,[3] Nice qui sera annexée à la France le 31 janvier 1793.
Au 18/11/1792 le deuxième bataillon de la Drôme cantonne à Avuzy en Suisse, sous le commandement du maréchal de camp Pourcin.[4]
Plus précisément au début de l’année 1793 le deuxième bataillon des Volontaires de la Drôme stationne à Anot, Digne et Colmars (dans les Basses-Alpes), puis participe au siège de Toulon avec l’armée d’Italie, qui comprenait également le 4ème bataillon, employé contre les Austro-Sardes au-dessus de Nice, écrit Michel Garcin dans son ouvrage.[5]
Le 05/05/1794 le deuxième bataillon de la Drôme est versé dans la 118ème demi-brigade (avec le 2ème bataillon du 59ème régiment d’infanterie, 3ème bataillon des Volontaires de l’Isère).
Je retrouve le capitaine Charles Chirol, retiré par démission le 08 ventôse an 4 (27/02/1796)[6]. Joseph Ochier n’est plus sur les listes.
La 118ème demi-brigade fait la campagne de l’an 2 (1793/1794), l’an 3 (1794/1795) et l’an 4 (1796/1797) aux armées des Alpes et d’Italie [7], armée des Alpes sous les ordres du général Kellermann de l’année 1795 à 1797 :

L’armée des Alpes est une des cinq armées françaises prévue dans le plan de campagne de Lazare Carnot contre les puissances royalistes avec celles de Sambre et Meuse (général Jourdan), de Rhin et Moselle (général Moreau), d’Irlande (plus modestement en Bretagne) (général Hoche) et d’Italie (général Bonaparte).
L’administration municipale se réunie en vertu de l’arrêté départemental du 15 ventôse an 4 (05/03/1796) relatif à la réquisition faite par le commandant en chef de l’armée des Alpes ; il s’agit de fournir des bestiaux, du bois de chauffage, du foin, de la paille et de l’avoine pour les besoins de l’armée.
Plus précisément le canton doit livrer deux bœufs de poids de quatre quintaux au moins.
Extrait du registre des délibérations de Clérieux commençant au 09 pluviôse an 4 jusqu’au 17 germinal an 4 (du 29/01/1796 au 06/04/1796).[8]
La réquisition des jeunes gens se poursuit en soutien notamment de la décision d’envoyer des troupes outre-manche :
Au 28 floréal an 7 (15/05/1796) le tirage au sort désigne, parmi d’autres jeunes, Victor Ochier, âgé de 19 ans, né le 17/03/1777 à Chanos. Il a pour consigne de se rendre au chef-lieu du canton (Clérieux) le 02 prairial (21/05) à 7 heures du matin pour delà se rendre au chef-lieu du département ; il doit apporter deux chemises, deux paires de souliers, de paires de bas le tout en bon état ; il recevra un havre sac au chef-lieu du canton et 35 livres.[9]. Il survivra aux conflits, tisserand, décédera en 1847 à Peyrins dans la Drôme.
Il est le frère de Joseph dont je parle dans mon écrit sur les Volontaires.
A l’origine deux forces devaient débarquer en Grande-Bretagne comme effet de diversion, alors que le corps principal débarquerait en Irlande (source Wikipédia).
« Celle-ci fut la première de plusieurs tentatives de Theobald Wolfe Tone, le ‘prophète de l’indépendance de l’Irlande’, en collaboration avec les généraux français Lazare Carnot et Lazare Hoche, pour débarquer une armée française sur les côtes de l’Irlande en 1796.
Son but : provoquer un soulèvement général contre les Anglais, que Tone aurait alors dirigé. Tragédie de l’histoire, une terrible tempête dispersa la flotte des 43 voiliers. 4000 hommes périrent en mer.
Mais le mauvais temps ne fut pas le pire des obstacles. Bien que commandé par Hoche en personne, l’opération fut sabotée par des « bureaux ministériels…infiltrés par des contre-révolutionnaires favorables à la cause anglaise. En effet, des émigrés furent autorisés à retourner en France et se retrouvèrent à des postes clefs. Ainsi, ils furent capables de retarder à loisir les dossiers et de bloquer le financement de l’opération ; ceci provoqua des délais terribles dans le recrutement des hommes, dans leur armement et dans la mise sur pied de la force d’expédition ».[10]
A cause de la tempête et l’indiscipline environ 1400 français débarquent à Carreg Wasted (au Pays de Galle) en février 1797 :
Arrivée des français :

Les français déposent les armes :

Photographies personnelles faites au Pays de Galles à partir d’une tapisserie représentant l’invasion française, appelée bataille de ‘Fishguard’, musée à l’initiative de la société des arts des gardes cotes gallois.
Ce débarquement se solde par un cuisant échec.
Le 5 brumaire an 6 (26/10/1797) le Directoire décide le rassemblement d’une armée dans le but d’envahir la Grande-Bretagne ; en janvier 1798, 50 000 hommes se rassemblent à Brest ; le 23 février Bonaparte estime le projet irréalisable.
Il faudra attendre le 25/03/1802 pour la signature du traité d’Amiens qui met en place une trêve franco-britannique.
Le 15 fructidor an 6 (05/09/1798) la loi Jourdan énonce que tout français est soldat ; cette loi sur la conscription amène des abus à propos des actes de mariages. Les hommes célibataires, pour certains, contractent un mariage fictif pour éviter l’enrôlement. Pour éviter cette situation les mariages devront se faire au chef-lieu du canton au lieu de devant le maire du village.
Au 18 floréal an 7 (07/05/1799), François Ochier, né le 31/08/1778 à Chanos-Curson, frère de Joseph et de Victor, « Tisserand, est atteint d’une hernie du côté gauche avec un engorgement considérable ; la réduction ne pouvant s’opérer sans danger qu’il est susceptible d’une dispense provisoire de deux mois ».[11]
Il décèdera le 21/11/1814 dans son village.
Et en date du 9 pluviôse de l’an 8 (29/01/1800) Noël Bernard, originaire de Clérieux où il y est né le 23/10/1778, est sur la liste des conscrits en vertu de l’arrêté du département. Il est dit qu’il est sur la liste de la 10ème demi-brigade de ligne.[12]
Cependant la plus grande partie des conscrits de l’an 8, 9 et 10 ne sont pas mobilisés ; plus de 30 000 vétérans de la levée en masse de 1793 sont renvoyés dans leurs foyers écrit Jacques Demougin dans son ouvrage.[13]
A la veille du coup d’Etat de Bonaparte, le 18 et 19 brumaire an 8 (09 et 10/11/1799) l’insécurité se manifeste sur les routes. Une attaque sur une route importante contre la malle-poste qui transporte le courrier de Marseille à Lyon a lieu au cours du mois précédent.[14]
Dans l’étude du brigandage dans la Drôme « Qu’en l’an VIII les troupes de brigands furent renforcées par l’apport des déserteurs qui refusaient la levée d’avril 1799 ‘pour faire face à l’offensive de la seconde coalition contre la France’ ».[15]
Avec mon écrit précédent sur les Volontaires nationaux je peux suivre les appels émis pour défendre la patrie et ceci à travers la mobilisation de trois garçons sur les quatre d’une fratrie. Il s’agit de la famille Ochier où les hommes exercent le métier de tisserand de toile[16].
Au 26 prairial an 6 (14/06/1798) dans le canton de Clérieux dont les Ochier font partie : « Les agriculteurs ne peuvent se procurer des domestiques car ceux-ci ‘veulent exiger des gages exorbitants sous le prétexte qu’ils gagneroient infiniment plus s’ils travailloient à la simple journée’/les domestiques femelles même poussent leurs prétentions extravagantes à cet égard/ce qui oblige les propriétaires à laisser une part de leurs terres en friche ».[17] Affaire qui sous-tend une volonté ‘de renverser la Constitution et le gouvernement où les prêtres réfractaires sont montrés du doigts’.
De par leur profession les Ochier échappent aux contraintes liées à ceux qui font métier de la terre où pour cette activité les bras des fils sont nécessaires pour ‘faire tourner la ferme’.
[1] Page 123, la patrie en danger par Michel Garcin, édition Nigel Cauvin
[2] Vue 133, PDF Gallica, histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1833, tome 1, par Abel Hugo
[3] L 344, AD26
[4] Vue 448, PDF Gallica, campagnes dans les Alpes pendant la Révolution par Léonce Krebs et Henri Moris
[5] Page 180, la patrie en danger par Michel Garcin, édition Nigel Cauvin
[6] Vue 7, GR 17 Yc 121, Mémoire des hommes
[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_des_Alpes_(R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise)
[8] L 1139, AD26
[9] L 1140, AD26
[10] https://solidariteetprogres.fr/actualites-001/1796-2006-En-memoire-de-l-expedition-d-Irlande_04261.html
[11] L 350, AD26
[12] L 350, AD26
[13] Page 29, la grande armée, édition trésor du patrimoine
[14] Document numéro 29, fiche b pochette pédagogique, la Révolution, AD26
[15] Page 117, BSASD, 12/1973 par Richard Maltry
[16] Vue 159, 12/05/1783, paroissiaux de Chanos-Curson
[17] Page 220, livre 240 000 drômois, 1794/1799, édition notre temps
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