Dans cet écrit mon récit fait suite à celui que j’ai publié le 15 juillet 2025 intitulé ‘balme creusée, descendance créée’. Nous sommes entre la fin du règne de Louis XVI et l’année suivant le coup d’Etat de Napoléon III, soit 1852.
Du mariage de Louis Giroud avec Marie Anne (ou Marianne) Ramat à Clérieux, dans le département de la Drôme, nait le 03 novembre 1787 Jean-Louis. Son enfance, après le décès de son père en l’an 8, mon ancêtre la passe avec sa sœur et leur maman au village de Clérieux dans la maison parentale quartier ‘Peaney’ [1] :

A la fin de son enfance il commence à travailler, ainsi que sa sœur[2] et sa mère journalière[3] ; vont-ils régulièrement assister aux offices ? : Le curé de Clérieux en l’an IX (1801) est Jean-Antoine Dumas[4] ; en 1815 on le trouve retiré à Tain, il a eu des difficultés à Clérieux.[5]
« Napoléon avait, depuis son accession au pouvoir, montré l’intérêt qu’il portait à la religion comme garant de l’ordre social /l’église sous l’Empire est encore entre les mains d’un haut clergé savant et expérimenté/l’interruption presque complète des ordinations pendant la Révolution se fait durement sentir, car les prêtres décédés ne peuvent être remplacés/dans le diocèse de Grenoble, neuf prêtres seulement sont ordonnés entre 1801 et 1809 ; on n’en compte qu’un seul dans le diocèse de Valence ces mesures en faveur de la formation du clergé s’accompagnent d’une volonté de contrôle. Les professeurs doivent être soumis au gouvernement, disait déjà Napoléon en 1804 ».[6]
A partir du 10 juin 1809 les choses se gâtent entre Napoléon et le Pape qui rend publique la bulle d’excommunication de l’Empereur.
Pendant ce temps : « En 1806, les armées napoléoniennes devinrent hégémoniques sur le continent. Après l’Autriche, la Prusse était vaincue, la Russie trop éloignée. Tout le continent ou presque se trouvait sous la domination de l’Empereur ».[7]
En 1807, âgé de 20 ans, Jean-Louis, est sur la liste des conscrits. ‘Devant marcher’ le fera-t-il ? Nous le verrons dans un de mes écrits ultérieurs.
Il se marie le 08 novembre 1813 à Clérieux avec Rose Bayard native du village de Saint-Bardoux, distant de quelques kilomètres du premier lieu. Voici la synthèse du contenu de son contrat de mariage : [11]

Il ne sait pas encore signer ; il ne l’a pas fait sur son contrat de mariage le 30 octobre 1813 chez le notaire Savoye à Romans sur Isère.[12] Pour prendre un rendez-vous chez cet homme de loi peut-être qu’une missive lui a été adressée : « Longtemps, enfin, le port d’une lettre (qui est le fait de la porter) fut laissé à la charge de son destinataire. Ce n’est que vers 1840, que l’on offrit à l’expéditeur de payer forfaitairement ce port, dont le règlement fut constaté par l’apposition sur la lettre d’une vignette : le timbre-poste ».[13]
Je relève sa signature en bâton traduisant une aptitude seulement à la lecture-avec une faute dans la terminaison de notre nom de famille un X au lieu d’un D-, en 1825 chez le notaire Thomé à Peyrins (où il est écrit que mon ancêtre est propriétaire à Clérieux) [14] :

également en tant que témoin dans un acte de décès le 04 mai 1847,[15] erreur reproduite dans sa succession,[16]
L’illettrisme reste une particularité propre au monde rural : l’école n’est pas obligatoire et elle est payante : « apprendre à lire, à écrire et à compter coûte deux francs par mois ». [17]
Cependant dans le Vercors, par exemple au Chaffal, je lis la signature femme et hommes dans un acte notarié d’un contrat de mariage de travailleurs, daté de l’année 1726.[18]
« On assiste après la Révolution à un éparpillement de l’enseignement primaire, à travers une multitude d’écoles particulières. Elles disposent d’un personnel qui était en partie, en exercice sous l’Ancien Régime. Tout citoyen a le droit en effet d’ouvrir une école et d’enseigner, à la seule condition d’être muni d’un certificat de civisme/Le consulat prit des dispositions pour essayer de canaliser le mouvement du personnel enseignant : l’article 11 de la loi du 11 floréal an X fait partie de ces dispositions ».
En complément je lis les précisions suivantes dans l’ouvrage : les rétributions sont de 1.25 francs (apprentissage de la lecture), 2.50 francs (lecture et écriture), 3 francs (lecture, écriture, calcul).[19]
A Tain l’Hermitage au 16 prairial an II (04 juin 1794) la municipalité « fit publier que les pères et mères, tuteurs ou curateurs, sont tenus d’envoyer aux écoles du premier degré leurs enfants ou pupilles, après l’âge de six ans et avant l’âge de huit ans. Ces enfants ne pourront en être retirés qu’après les avoir fréquentées au moins pendant trois années consécutives, sous peine, contre les parents ou curateurs, d’une amende du quart de leurs contributions, en cas de récidives, d’une amende double. Ils seront alors regardés comme ennemis de l’égalité et privés pendant dix ans de l’exercice du droit de citoyen », ceci suite à une loi parue le 19 frimaire an II (09 décembre 1793).[20]
Les progrès s’accélèrent après 1835. Alors qu’à cette date plus d’un conscrit sur deux était analphabètes, un peu plus de 10 % seulement le restent en 1880.[21]
Les conflits perdurent : au début de l’année 1814, le territoire national est envahi par les armées coalisées : Russes, Autrichiens, Prussiens, Allemands au nord et à l’est, Portugais et Espagnols dans le Sud-Ouest ainsi qu’il est écrit dans l’encyclopédie de la Drôme.[22]
A la fin du mois de mars les portes de Romans sur Isère se ferment à l’arrivée des Autrichiens.
« Après la défaite de Leiptzig, la Drôme voit à nouveau arriver les Autrichiens le 1er avril 1814 mais, cette fois, ils ne viennent pas en prisonniers*. Depuis Clérieux et Tain, en route vers Grenoble, l’armée autrichienne tente de prendre Romans contre les troupes françaises sous le commandement d’Augereau ».[23]
*Au 27 mars 1806 le nombre de prisonniers Autrichiens à Romans sur Isère s’élève à un effectif de 1095 soldats.[24]
« Le 30 ont lieu les premiers accrochages. Ordonneau fait installer une passerelle volante à l’emplacement du pont détruit de Romans, transfère à nouveau sur la rive droite une partie de ses troupes, et lance de là plusieurs coups de main sur de petites unités ennemies à Clérieux ».[25]
Extrait « Du ‘narré’ du conseil municipal de Clérieux qui relate avec force de détails l’invasion autrichienne de la commune :
Le 1er avril à dix heures du matin : apparition du corps d’infanterie et de cavalerie Autrichienne sur les hauteurs du hameau de Sablières qui vint ensuite, le soir, camper dans la Prairie de l’Hospice de Romans située au pied du village, à côté de la cure/ Le maire reçoit l’ordre de fournir 300 rations de pain, viande, fourrage, avoine, paille et bois/ Ces étrangers, non contents des fournitures faites, se livrent à un pillage organisé dans les propriétés/ Il n’est pas de maison dans la commune qui n’ait pas été plus ou moins fouillée ou dévalisée par les autrichiens ».[26]
Fin avril, les troupes autrichiennes quittent le territoire pour y revenir en 1815.
Le 20 avril 1814 Napoléon 1er fait ses adieux à Fontainebleau ; Entre temps Louis XVIII proclame, début juin 1814, la Charte constitutionnelle qui est à mi-chemin de la restauration de l’Ancien Régime et de la conservation des acquis révolutionnaires.[27] Dans le concret : une assemblée législative élue au suffrage censitaire où seuls les citoyens assez riches pour payer un impôt ont le droit de voter.
Le 01 mars 1815 retour de Napoléon, par son débarquement à Golf Juan : pour cent jours du 20 mars au 08 juillet 1815. Il abdique le 22 juin 1815.
Une ordonnance du roi Louis XVIII datée du 16 août 1815, dit ceci : (extrait de l’état de répartition de la contribution extraordinaire à verser au Trésor royal comme réquisition de guerre) :
« L’attentat commis sur la France a forcé les puissances étrangères à y faire entrer leurs armées pour atteindre l’ennemi de leur sûreté. Elles occupent notre territoire ».[28]
En effet, le 16 octobre 1815 le lieutenant général et commandant le 2ème corps d’armée autrichien, présent à Avignon, émet une publication par affiche.[29]
Pour complément sur ce sujet j’ai publié le 15 octobre 2024 un article intitulé ‘L’armée autrichienne à Tain en mars 1814, à Romans et ses alentours’.
Je reviens vers mon aïeul exerçant le métier de tourneur à Romans sur Isère avant le 03 février 1814 :
Son nom est cité dans l’acte de mariage de Marie Bayard, sa cousine par alliance et de plus sa belle-sœur, épousant le frère de la femme de Jean-Louis.[30]
A la naissance, à Clérieux, le 07 janvier 1815 du premier enfant qui décèdera le 22 janvier de la même année, prénommé Jean-Louis, du couple Rose et Jean-Louis, le maire de la commune est Gabriel Henri Benoit depuis l’année 1813. « Napoléon décide que les maires seront désormais élus dans les communes de moins de cinq mille habitants. En mai, les élections organisées dans tous les villages de France nomment à la fonction du premier magistrat, en général, celui-là même qui s’est représenté et, par la force naturelle des choses, jouit vis-à-vis de ses concitoyens de la gratitude et de la confiance ». [31]
Gabriel Henri Benoit est ré élu jusqu’à la fin du mois de décembre 1816.
De cette année 1816 à celle de 1826 naitront cinq autres enfants : Louis (décès en 1816), Ferdinand en 1817 (mon ancêtre), Joseph Etienne en 1820 (décès en 1820), Rose en 1822, Antoine Xavier en 1826.
Le 24 août 1815 la section de Saint-Bardoux, appartenant à la commune de Clérieux, écrit au préfet de la Drôme : « Ces deux sections formaient autrefois deux communautés distinctes et séparées. Un long procès a eu lieu à ce sujet ; il n’a été terminé que par la réunion des deux communautés qui depuis ce temps n’en forment qu’une seule / Depuis lors l’administration municipale ayant été prise toute entière dans la section de Clérieux, celle de Saint-Bardoux lui a été sacrifiée de toutes les manières ».[32]
Plus haut dans ce document il est dit que Jean-Louis, en 1825, est propriétaire. En effet, le 07 mars 1816 mon aïeul, cultivateur, achète au sieur Colin une maison, puits et basse-cour ainsi qu’un jardin situé dans la commune de Clérieux – dans l’acte apparait les noms des confronts et non le lieu exact de l’acquisition dans le village.[33] Cependant le sieur Jean Colin (Jean-François)[34] est le fils de Claude qui lui-même était propriétaire maison et jardin (parcelles 270 et plus) non loin de l’habitation de Louis dans le hameau Peaney.
« L’Empire favorise l’expansion de la petite propriété, car il sait de quel poids pèsent les paysans dans les campagnes et donc dans la société française ».[35]
Ainsi avec cet achat et d’autres, Jean-Louis se porte caution[36], à la prière de Joseph Roche, natif de Peyrins, le 30 brumaire an 4 (21/11/1795), habitant Clérieux, sur le contenu de terre située à Clérieux d’environ 34 ares au mas des Volaises (Voleyses), sur une maison et puits situés au dit Clérieux, sur un jardin situé audit lieu peu éloigné de la maison. Je n’ai pas d’explication de la raison de ce geste juridique.
Extrait de la matrice cadastrale : section E numéro d’une des parcelles, la numéro 161 :

3 P 2247/1 tableau d’assemblage du 03/06/1819, 19/07/1886, AD26 : une autre parcelle :

Au décès de sa mère, il est noté qu’elle est ‘indigente’. Or, à l’étude du patrimoine de Jean-Louis cela ne correspond pas à la réalité : se mariant en 1813 il me semble qu’acquérir un bien en 1816 demande d’avoir des fonds.
Suite de mon histoire dans sa seconde partie, publication le mois suivant.
[1] 3 P 3547/5, C1, parcelles 207 à 275, AD26
[2] Son acte de mariage au 07/01/1819 (vue 300), AD26
[3] 3 Q 9902, période 1829/1833, vue 174, AD26
[4] 2 J 676, AD26
[5] BH 410, AD26
[6] Page 221, Histoire du Consulat et de l’Empire par Jacques Olivier Boudon, édition Perrin, collection tempus
[7] Page 241 les mythes de la grande armée, édition Perrin
[11] 3 Q 10115 (période 17/07/1813 au 04/07/1814), AD26
[12] 2 E 24114 folio 1387, AD26
[13] Page 322, comment vivaient nos ancêtres ? de Jean-Louis Beaucarnot, édition JC Lattès.
[14] 2 E 12086 folio 272 du 17/07/1825, AD26
[15] Vue 192, Clérieux, décès Annette Bayard, AD26
[16] 3 Q 10578 du 03/01/1853, AD26
[17] Page 50, la sentinelle de Cabrera par Gildard Guillaume, édition Fayard
[18] 2 E 6268 vue 218, AD26
[19] Page 32, 44, l’école primaire au hameau de Gervans, 1802-1882, BH 1441 par Damien Badel, AD26
[20] Page 262, histoire de Tain pendant la Révolution par Charles Bellet, tome 51, année 1922, Société d’archéologie et de statistique de la Drôme, AD26
[21] Page 212, la Drome encyclopédie, édition la fontaine de Siloé
[22] Page 130, une terre des hommes édition la fontaine de Siloé
[23] Prisonniers de guerre à Valence en 1806 par Josette Cador, Racines drômoise page 4, n° 97, année 2011
[24] 9 R 2, AD26
[25] Page 131, une terre des hommes édition la fontaine de Siloé
[26] Page 19, page 20, Si Clérieux m’était conté, BH 1875/15, AD26
[27] Page 470, la sentinelle de Cabrera par Gildard Guillaume
[28] 14 R 4/2 = occupation Autrichienne de la Drôme 1815-1816, AD26
[29] 20 R/2, AD26
[30] Vue 71, 03/02/1814, Clérieux, AD26
[31] Page 475, la sentinelle de Cabrera par Gildard Guillaume, édition Fayard
[32] 3 M 808, AD26
[33] 2 E 9267 folio 243, acte 344, AD26 et 2 E 15277 folio 237 du 21/04/1820
[34] 234 J, AD26
[35] Page 162, histoire du Consulat et Empire par Jacques Olivier Boudon, édition Perrin, collection tempus
[36] 2 E 12086 folio 272 du 17/07/1825 déjà cité auparavant
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