Dans le département de la Drôme, de la Haute Marne et à Québec Nouvelle-France
« Les historiens, les démographes et les généalogistes s’entendent pour affirmer qu’entre 30000 et 60000 Français ont séjourné au Canada avant la Conquête de 1760, dont quelque 10 000 migrantes et migrants se sont établis au Canada sous le Régime français, parmi lesquels plus de 96 % sont d’origine française ».[1]
Je vais vous conter – avec les documents que j’ai pu trouver- le parcours de Françoise Guignard née le
17 mars 1731 à Barbières dans la Drôme ; son nom est cité dans le fichier ‘Origine’ [2] . Elle est le dernier enfant du couple Claude et Jeanne NICOLAS qui eurent sept enfants dont un seul garçon. Veuf, Claude se remarie en 1737 à Besayes avec Marie Duvorzet.
Dans le département Barbières se situe au pied des montagnes du Vercors, un coin un peu reculé de la Drôme où il y avait moins de routes que celles présentes sur cette carte [3]:

Carte de France pour situer le département de la Drôme, département bien éloigné des ports d’où les navires appareillent pour la Nouvelle France :

Le père de Françoise, Claude Guignard, maitre maçon, détenu de maladie corporelle, fait établir un premier testament dans sa maison, à l’âge de 47 ans ; les témoins sont majoritairement des hommes d’église (cinq hommes sur les sept témoins) des paroisses voisines de Barbières [4] qui contient l’église Saint-Sébastien et le Prieuré-cure Saint-Martin de Cernes.
Françoise s’ennuie-t-elle dans son village, a-t-elle envie d’élargir son horizon ou tout simplement est-elle « mise en condition » pour quitter le pays ? par les fréquentations religieuses de son père :
« Quant aux arrivées individuelles, elles sont souvent l’affaire des institutions religieuses qui les recrutent en France comme domestiques ou pour devenir religieuses ».[5]
Pour cela la jeune fille ou la veuve se doit d’avoir une conduite irréprochable : « Dans les ‘Jugements et délibérations du Conseil Souverain’, on voit que l’immigration était surveillée avec soin et vigueur, afin que l’on n’envoyât point de personnes de mœurs douteuses ni de gens adonnés à des métiers dont le besoin ne se faisait point sentir, qui trouveraient difficilement à s’employer en cette qualité ».[6]
La conduite de Françoise a dû être conforme aux attentes : je retrouve sa trace à Québec dans un acte de mariage [7]:
Sur ledit acte les parents de Françoise sont bien ceux inscrits sur son acte de naissance ; ceux de Nicolas sont respectivement Jean-Baptiste (manœuvrier) et Pierrette Tixer ou Tissier inscrits pour la naissance au premier septembre 1725 dans la paroisse de la Rivière sous Aigremont * dans le département de la Haute-Marne. Il est le seul enfant de ce couple (source : https://www.cfqlmc.org/pdf/Villes-et-Villages-de-France).
*aujourd’hui Larrivière sur Apance
La situation professionnelle de Nicolas Degré : il est une recrue dans les troupes de la Marine, compagnie de Lanaudière [8]:




Dans les remarques il est noté que Nicolas embarque le 18 mars 1756 accompagné de sa femme Françoise Guinard ; où l’a-t-il rencontré ? A la Rochelle avant d’embarquer ? leur mariage est célébré à Québec quelques mois plus tard : comment pourrait-elle être sa femme sur le bateau, sa compagne peut-être ? et comment expliquer la naissance de leur premier enfant relevé en 1755 ?
Françoise serait-elle moins prude qu’elle ne l’aurait laissé paraître ? car les enfants de Nicolas et Françoise nés en Nouvelle France, Québec : Thérèse Degré dit Laliberté (1755/1756), Marie Hélène Degré dit Laliberté (1757/1758), Louis Marguerite Degré dit Laliberté (naissance année 1759, pas de relevé date de son décès).
En France, en 1776, Claude Guignard, âgé de 95 ans, père de Françoise, sentant sa fin venir, dicte son deuxième testament[9] en faveur des trois enfants qu’il sait être vivants sans oublier Françoise dont il n’a point de nouvelles :

Sur ce deuxième acte notarié il nomme un ‘Alexis’ comme héritier aussi :

Il décèdera le 12 décembre 1776 à Barbières dans sa maison ; aucun de ses enfants n’est présent pour déclarer le décès.[10] Seul Alexis Culosse et un autre homme seront là :

Françoise n’est pas la seule femme du département de la Drôme émigrant au Québec :
BONIFACE ou BONIFACY, Madeleine, baptisée le 14 septembre 1711 dans la paroisse Saint-Jean à Verclause *. Fille de Jean Boniface et d’Elisabeth Feraud ou Favreau, Mariée une première fois à François Mespec ; veuve elle épouse Nicolas Camus à Québec le 10 juin 1756 ; elle part de France pour la Nouvelle France en 1752.[11]
* près de Nyons, dans le sud du département
Pour une étude démographique plus poussée se référer au travail de Marcel Fournier :
« Entre 1617 et 1759, leur venue et leur présence au Canada étaient indispensables. Elles ont développé une nouvelle contrée avec la nombreuse descendance qu’elles ont engendrée. Des femmes courageuses, souvent instruites et déterminées, ont contribué d’une façon exceptionnelle à la fondation de la société canadienne. Qu’elles soient simples migrantes ou Filles du roi, toutes peuvent à juste titre être considérées comme les mères de la nation québécoise ».
(Source : vue 20, PDF, Synthèse de l’immigration féminine dans la vallée du Saint-Laurent sous le Régime français ; MSGCF, volume 76, numéro 1, cahier 323, printemps 2025 : 22-41)
[1] PDF, Synthèse de l’immigration féminine dans la vallée du Saint-Laurent sous le Régime français, MSGCF, volume 76, numéro 1, cahier 323, printemps 2025 : 22-41, Marcel Fournier
[2] https://www.fichierorigine.com/fr/repertoire/guignard-4
[3] https://www.geoportail.gouv.fr/carte
[4] 2 E 16455 folio 56 du 18/08/1728 à Charpey
[5] https://cfqlmc.org/la-contribution-feminine-au-peuplement-du-canada-sous-le-regime-francais/
[6] Vue 14, PDF, Malchelosse, G. (1950). L’immigration des filles de la Nouvelle-France au XVIIe siècle.
Les Cahiers des Dix, (15), 55–80. https://doi.org/10.7202/1080108ar
[7] https://www.fichierorigine.com/fr/repertoire/guignard-4
[8] https://www.sgq.qc.ca/marine—imbrique
[9] 2 E 16488 folio 1162 du 01/05/1776 à Charpey
[10] Vue 146, 5 Mi 11/R3, AD26
[11] Vue 55, https://www.cfqlmc.org/pdf/Villes-et-Villages-de-France/Livre-n12
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