Garde nationale : Jean-François Guilhot

Dans le département de la Drôme :

En mars 1792 : « Avons convenu que la Garde nationale de notre canton sera divisée en dix compagnies, à savoir que Beaufort sur Gervanne fournira une compagnie de septante trois hommes, Cobonne une compagnie de soixante, Montclar et Vaugelas deux compagnies chacune de soixante hommes/ ».[1]

Mon ancêtre Jean-François Guilhot, apiculteur, né le 08/08/1745 à Montclar sur Gervanne dans la Drôme, est inscrit sur le registre de la Garde nationale de son village à la date du 16 mars 1792. Jean-François, en 1792, est âgé de 47 ans, père de six enfants.

Le fait que le nom de mon ancêtre soit sur le registre de la Garde nationale lui évite d’être regardé comme ennemi de la patrie et traité comme tel. Pour autant, est-il volontaire pour devenir Garde national ? Je n’ai pas d’élément pour le confirmer. Aussi mes recherches portent sur le village de ma branche paternelle, où je me sens plus à l’aise pour les mettre en œuvre.

« Début 1789, quelques villes se dotent de formations armées, à la fois pour faire face aux révoltes populaires mais aussi en prévision d’éventuels complots aristocratiques. Cette ‘Garde bourgeoise’ est nommée ‘Garde nationale’ le 15 juillet 1789 par son chef La Fayette. La Garde nationale est exécutrice des décrets de l’Assemblée Nationale, elle doit veiller à l’exécution de la législation. Malgré son origine bourgeoise, la Garde nationale fut active dans le mouvement populaire, bien qu’elle le réprimât à certaines occasions. Elle fut également une force décentralisée dans les campagnes où sa présence se généralisa à la faveur de la Grande Peur et de la révolution municipale ».[2]

Leurs missions : veiller à l’ordre et à la sécurité des villes, garder les portes et assurer les rondes de nuit : « Pour les gens aisés et nantis, la milice bourgeoise était en quelque sorte le plus sûr garant de leur tranquillité, une barrière et une sécurité contre les débordements ou les revendications imprévisibles de la populace ».[3]

La Garde nationale est impliquée dans les fêtes de commémoration dédiées à la République française. Pour cela (pas d’indication de la date) : « à l’aube du jour deux coups de canon seront tirés/ à six heures du matin les compagnies des communes se mettront en route pour se rendre dans le chef-lieu du canton/chaque commandant conduira sa compagnie sur la place publique pour y prendre les ordres du commandant du bataillon/à huit heures et demi, deux coups de canon seront tirés. A ce signal les tambours battront le rappel et toutes les Gardes nationales assemblées sur la place se rendront au-devant de la salle des séances » extrait du registre débutant le 10 nivôse an 5 (30/12/1796) et se terminant le 29 brumaire an 6 (19/11/1797) des délibérations de l’administration municipale du canton de Clérieux.[4]

La Garde nationale est historiquement l’ensemble des milices de citoyens formées dans chaque commune au moment de la Révolution française (définition Wikipédia). Cela est un peu plus complexe : avant 1789 des corps de troupes nommées ‘Gardes bourgeoises’ ou ‘urbaines’ existaient dans le royaume écrit Claude Magnan dans son article [1], compagnies d’arquebusiers ou de fusiliers, chevaliers de l’arc ou de l’arbalète, compagnie de volontaires.[2]


[1] Page 244, L’armée, les Gardes nationaux et la Révolution française par Claude Magnan, numéro 450, 12/1988, Société d’archéologie et de statistique de la Drôme, AD26

[2] Page 44 rfg, numéro spécial, révolution-Empire, retrouvez votre ancêtre soldat


[1] Page 44 rfg, numéro spécial, révolution-Empire, retrouvez votre ancêtre soldat

De la Garde nationale [1]:


[1] Vue 77, PDF Gallica, histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1833, tome 1, par Abel Hugo

En décembre 1789 la ville de Tain et Tournon envoient des convocations à toutes les Gardes nationales de la région : Quatre-vingt-huit villes ou villages répondent à l’appel pour y former une confédération patriotique écrit Charles Bellet dans son écrit de Tain pendant la Révolution.[6

Le décret du 12 juin 1790[8] : « Dans le mois qui suivra la publication du présent décret, tous les citoyens actifs des villes, bourgs et autres lieux du royaume, qui voudront conserver l’exercice des droits attachés à cette qualité, seront tenus d’inscrire leurs noms, chacun dans la section de la ville où ils seront domiciliés ou à l’hôtel commun sur un registre qui sera ouvert à cet effet pour le service des Gardes nationales ».

Le recrutement est d’abord censitaire -celui qui paye le cens dont le montant de ses impôts dépasse un seuil- avant d’ouvrir la voie vers un service universel en 1868.

Je ne trouve pas, à Bren et à Charmes sur Herbasse, le nom Bayard dans la liste des potentiels Gardes nationaux, alors que leur descendant Jean payait la taille (voir mon article ‘suffisamment établi pour payer l’impôt’).

Dès mai 1790 il est réservé aux seuls citoyens actifs qui doivent s’équiper et s’armer à leurs frais : ceux

que l’on considère comme actifs payent une contribution au moins égale à trois journées de travail.

Les citoyens nommés passifs sont les manœuvriers, paysans, domestiques, les miséreux ou indigents.

L’Assemblée Nationale impose un uniforme unique à toutes ces milices des villes ou des villages :

« Habit bleu de roi, doublure blanche, parements et revers écarlates et passepoil blanc, collet blanc et passe-poil écarlate, épaulettes jaunes ou en or, la manche ouverte à 3 petits boutons, la poche en dehors à 3 pointes et 3 boutons avec passe-poil rouge : sur le bouton il sera écrit : District de… Les retroussis de l’habit écarlate ; sur l’un des retroussis il sera écrit en lettres jaunes ou en or, ce mot : Constitution, et sur l’autre retroussis ce mot : Liberté, veste et culottes blanches ».[9]

Peinture extraite de l’article sur le sujet ‘fêter le 14 juillet ?’ de la revue drômoise :[1]


[1] Page 29, revue n°588, 06/2023

Mais face à l’urgence des hommes n’étant pas des citoyens actifs sont admis dans la Garde. La tranche d’âge de ces hommes se situe plutôt entre 26 ans à 45 ans et où le mot ‘sans propriété’ est très souvent inscrit en face de leur nom dans le document ‘l’état des citoyens nommés à former une compagnie d’avant-garde de la Garde nationale du district de Romans sur Isère en exécution de l’arrêté du représentant du peuple Jean Debry, du 06 floréal an 3 (25/04/1795) de l’ère républicaine’.[10]

A Clérieux le nom de mes aïeuls n’apparait pas dans ce document ; Je retiens un autre nom : celui de Nicolas Croze âgé de 30 ans, célibataire ; il nait le 22/01/1765 à Chanos Curson* ; son père est marchand (métier indiqué sur le testament 2 E 7684 du père). Marchand donc citoyen actif ? payant le cens ?

*la population de Chanos-Curson est, à ce moment ci, de 651 habitants.

L’état des traitements dont doivent jouir les Gardes nationaux rassemblés dans les chefs-lieux de leur district au 13/09/1793 [11]:

Le serment fait partie de l’orientation politique de cette période ; celui prêté par 12 000 Gardes nationaux du Dauphiné et du Vivarais le 29 novembre 1789 ; jurant à genoux de rester à jamais unis (…) fidèles au monarque qui a tant de titres à notre amour. (…) Ils seront imités le 14 février à Romans.[12] Puis le décret du 07 janvier 1790 qui demande de prêter ‘serment solennel d’adhérer aux décrets de l’Assemblée Nationale, et d’être fidèles jusqu’au dernier soupir à la Nation, à la Loi et au Roi’.

Le quatrième ventôse de l’an 8 (23/02/1800) à l’Unité sur Isère (Bourg de Péage) le chef (B. Ferlin) de la Garde nationale sédentaire fait lecture de la loi du 21 nivôse qui exige une promesse de fidélité à la Constitution, puis dit : « Je promets d’être fidèle à la Constitution ». A l’instant même tout le bataillon, tous les citoyens présents ont répété ou crié ‘Vive la République, vive la Constitution’.[13]

Affiche montrant le rassemblement des 12 000 Gardes nationaux à Valence[14] :

Le 30 prairial an 3 (18/06/1795) une levée de 808 hommes est mise en action, destinée à un bataillon dans les différentes places frontières pour un service de garnison[15]:

A Clérieux (du district de Romans) où, à cette époque, la population effective est de 1137 habitants[16] quatre hommes sont nécessaires pour faire partie du bataillon de Garde nationale dont la levée est ordonnée par le directoire du département de la Drôme, suivant son arrêté dudit 30 prairial dernier.

Les quatre hommes en question doivent être des citoyens sains, et en état de porter les armes, d’abord, de ceux qui veulent volontairement marcher, ensuite, si leur nombre n’est pas suffisant ils doivent être célibataires depuis l’âge de dix-huit ans jusqu’à quarante ans inclusivement, successivement veufs sans enfant, et après eux les plus jeunes mariés.

Personne ne vient à la convocation : aucun homme correspondant aux critères énumérés ci-dessus n’a l’intention de porter les armes. Renouvellement de la convocation une deuxième fois ; encore personne ; alors le maire (Gabriel Paul Benoit) et son adjoint dressent un procès-verbal en direction du directoire sous les ordres de Moulin, général en chef de l’armée des Alpes.[17]

L’article XIII de la séance publique du 30 prairial an 3 dit :

Un document relève qu’au 16 juillet 1793 le calcul de la population de Clérieux donne le nombre 1515 habitants dont 49 hommes à fournir destinés à s’opposer, comme les autres hommes requis des autres bourgs, au passage des Marseillais.[18]*

Perdre 378 habitants en deux années : soit la méthode de calcul n’est pas la même soit la diminution voulue du nombre d’habitants est en lien avec le peu d’enthousiasme des hommes de ‘partir sauver la patrie’ ?

ou je me rapproche de l’affirmation « les militaires aux armées n’ont pas été comptés » ?[1]


[1] Page 176, livre 240 000 drômois, 1794/1799, édition notre temps

*« L’insurrection organisée à Marseille avait étendu ses ramifications dans les principales villes du Midi /

La troupe de ligne en garnison à Marseille adopta les opinions des habitants, et, réunie à quelques bataillons de gardes nationales et de volontaires, se mit en marche, sous le commandement d’un chef, nommé d’Arbaud, pour aller prendre poste au Pont-Saint-Esprit, afin de faciliter les levées que le comité central des sections avait ordonné de faire dans les départements du Gard, de l’Hérault et du Var. Avant que cette troupe fût arrivée à la Durance, qu’elle devait traverser, le bruit de sa marche, déjà répandu au loin arma contre elle les républicains des villes et des campagnes ».[1]


[1] Vue 292, PDF Gallica, histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1833, tome 1, par Abel Hugo

Le 25 nivôse an 4 (15/01/1796) le citoyen Gabriel Paul Benoit, commandant de la Garde nationale de Clérieux, est requis pour mettre en place la réorganisation de la compagnie selon l’article 9 de la constitution.[19]

Est-ce cet article dont il s’agit ? : « Tout citoyen doit ses services à la patrie et au maintien de la liberté, de l’égalité et de la propriété, toutes les fois que la loi l’appelle à les défendre ».[20]

De même le 30 floréal an 5 (19/05/1797) une lettre de l’administration centrale, destinée aux agents municipaux des communes du canton de Clérieux, ordonne la réorganisation de la Garde nationale en faisant battre la caisse la veille et le jour du rassemblement indiqué [21]: « Vous aurez attention de ne faire nommer qu’un même nombre d’officiers et sous-officiers égal à celui qui fut nommé l’année dernière ».

En juillet 1870 éclate la guerre engagée par Napoléon III contre la Prusse. La Garde nationale choisit de rallier la Commune dans le siège de Paris. L’échec du régime a pour conséquence la dissolution définitive de la Garde nationale dans toutes les communes françaises et ceci décidé par Thiers le 30/08/1871.

« Mal équipées et peu préparées aux rôles qu’on leur assigne, les Gardes nationales vont, avec l’entrée en guerre du Royaume, se retrouver bientôt en première ligne, puisque c’est en leur sein que vont se recruter les premiers ‘bataillons de Volontaires nationaux’ ».[22]


[1] Page 68, la patrie en danger, histoire des bataillons de volontaires de 1791 à 1794 par Michel Garcin chez Gallica

[2] Pages premières, classeur série R, AD26

[3] Page 9, la patrie en danger par Michel Garcin, édition Nigel Cauvin

[4] L 1136, AD26

[5] Page 244, L’armée, les Gardes nationaux et la Révolution française par Claude Magnan, numéro 450, 12/1988, Société d’archéologie et de statistique de la Drôme, AD26

[6] Page 60, histoire de Tain pendant la Révolution par Charles Bellet, tome 50, année 1921, Société d’archéologie et de statistique de la Drôme, AD26

[7] Page 52, la patrie en danger par Michel Garcin, édition Nigel Cauvin

[8] Page 34, la patrie en danger par Michel Garcin, édition Nigel Cauvin

[9] Page 34, la patrie en danger par Michel Garcin, édition Nigel Cauvin

[10] L 374, AD26

[11] L 374, AD26

[12] Page 20, la Révolution dans la Drôme, texte de Alain Balsan, regard magazine numéro 133, 03/2023

[13] L 375, AD26

[14] Page 250, Les débuts de la Révolution française en Dauphiné par Vital Chomel, édition Pug

[15] Idem

[16] L 374, AD26

[17] L 872, AD26

[18] L 373, AD26

[19] L 1140, AD26

[20] http://www.conseil-constitutionnel.fr/les-constitutions-dans-l-histoire/constitution-du-5-fructidor-an-III

[21] L 1140, AD26

[22] Page 249, L’armée, les Gardes nationaux et la Révolution française par Claude Magnan, numéro 450, 12/1988, Société d’archéologie et de statistique de la Drôme, AD26

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